Thomas Edison et les ingénieurs français Félix de Lalande et Georges Chaperon

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Contrats signés entre Thomas Edison et les ingénieurs français Félix de Lalande et Georges Chaperon. Thomas Edison acquiert les droits d’exploitation de la pile dite de “Lalande et Chaperon”. L’inventeur américain ne se contente pas d’exploiter les brevets des deux français. Il les améliore sous l’appellation “Edison-Lalande cell”.

Description

Thomas Edison acquiert par contrats les droits d’exploitation de la pile galvanique des ingénieurs français Félix de Lalande et Georges Chaperon

Félix Paul Ernest de Lalande (Albi 1845 – Paris 1919)

Élève au Lycée de Versailles, il obtient en 1863 le second prix de chimie du concours général des lycées de Paris. En 1865, il réussit le concours d’entrée à l’École polytechnique mais démissionne en 1867 peut-être par ce qu’il “n’a pu obtenir un service de son choix”. Il suit alors les cours de l’École des Mines de Paris de 1867 à 1870. Il y reçoit le diplôme d’ingénieur civil. En 1871, il travaille au sein du laboratoire de chimie de la Sorbonne. Il effectue des recherches sous la direction Paul Schützenberger (1829 – 1897). Ce dernier est un chimiste français et le premier directeur de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. Ensemble, ils déposent en 1871 un brevet d’invention de quinze ans “pour des perfectionnements apportés à l’emploi de l’indigo dans l’impression et la teinture”. D’autres brevets d’invention  et collaborations suivront. Ainsi en 1883, Félix de Lalande et le scientifique Jacques Arsène d’Arsonval (1851-1940) déposent un brevet d’invention d’un “système relai télégraphique”. Plus tôt, c’est avec le scientifique Georges Chaperon qu’il s’associe.

Marie Bertrand Georges Chaperon (Libourne 1843 – Bordeaux 1892)

Comme Félix de Lalande, il est élève de l’École polytechnique (1862-1864) avant d’entrer à l’École des Mines. Il la quitte en 1867 avec un diplôme d’ingénieur civil. Chimiste et membre de la Société minéralogique, il est en 1883 Ingénieur-Directeur de la fabrication aux mines d’Alosno à la Puebla de Guzman en Espagne. Scientifique et homme de lettres, il décède à Bordeaux le 16 novembre 1892.

Félix de Lalande et Georges Chaperon

Ils brevettent le 25 juin 1881 une pile dite de “Lalande et Chaperon”. Elle est composée d’une plaque positive à oxyde de cuivre et d’une seconde négative en zinc. Toutes deux sont plongées dans une solution de potasse ou de soude caustiques. Elle est considérée aujourd’hui comme le précurseur des générateurs alcalins. Les deux inventeurs français améliorent leur innovation et brevettent de nouveau notamment aux Etats-Unis le 20 mars 1888 sous le terme de “GALVANIC BATTERY”.

Thomas Edison (1847-1931)

Thomas Alva Edison, décrit comme le plus grand inventeur américain, conçoit de nombreux appareils (phonographes, téléphones,…) fonctionnant à l’électricité. Pour alimenter en énergie électrique ses inventions, il acquiert en deux temps les droits d’exploitation de la pile galvanique de Lalande et Chaperon.

En aout 1889, Thomas Edison vient pour la première fois en France à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris. Il vient présenter ses dernières innovations technologiques notamment son phonographe. A son arrivée en bateau au Havre, il déclare au directeur du journal Le Figaro : « «Je veux me reposer et me distraire. C’est en quelque sorte un voyage de plaisir, un voyage de noces, je viens comme tout le monde, voir la Tour Eiffel». S’il est vrai qu’il visite la Tour Eiffel le 10 septembre 1889, la veille, le 9 septembre, il se rend au consulat des Etats-Unis à Paris. Là, en présence du consul, il signe le premier contrat d’exploitation de l’invention des deux ingénieurs français. Un second contrat sera signé en juin 1890 entre les trois inventeurs. Thomas Edison améliore l’invention des deux Français sous l’appellation “Edison-Lalande cell”. Reliées entre-elles en série, ces piles constituent une batterie et sont commercialisées par l’ “Edison Manufacturing Company” sous l’appellation « Edison-Lalande batteries« .

L’ensemble de six pièces se décompose comme suit :

Contrat en anglais de cinq pages dont quatre dactylographiées avec date manuscrite du 24 août 1889. Document avec deux annexes maintenues au contrat au moyen de cachets. Feuilles du contrat protégées au moyen d’une couverture cartonnée portant les coordonnées “COUDERT BROTHERS COUNSELLORS AT LAW …”. Le cabinet d’avocats “COUDERT BROTHERS” fut, avant sa fermeture en 2006, l’un des plus prestigieux des Etats-Unis. Ses fondateurs sont trois frères nés aux Etats-Unis mais d’origine française. En effet, leur père Charles COUDERT, né à Bordeaux, émigre à New-York en 1821 pour échapper à la justice royale en raison de son engagement bonapartiste.
Contrat en 13 articles permettant à Thomas Alva Edisond’acquérir le droit exclusif et la licence de fabriquer d’employer et de vendre des piles galvaniques brevetés d’après le brevet des Etats-Unis”. En échange de ce droit d’exploitation, Félix de Lalande et Georges Chaperon perçoivent 25 centimes par litre “de capacité pour chacune et chaque pile galvanique”. Cette redevance payée aux deux inventeurs français “sera pas moins de 2000 dollars par an”. Contrat signé par les deux inventeurs français et “Thomas alva Edison”. Le Français Georges Chaperon signe ce contrat au consulat américain de Bordeaux. Le futur ambassadeur et homme politique américain, Horace Greeley Knowles (1863–1913) est son témoin. Félix de Lalande et Thomas alva Edison signent ce contrat en la présence du consul américain à Paris Jared Lawrence Rathbone (1844-1907). Ce dernier servira de témoin aux deux inventeurs venus au consulat à Paris le 9 septembre pour Thomas Edison et le 23 septembre pour Félix de Lalande . Nous ignorons les noms des autres témoins. Le contrat remis à Thomas Edison est aujourd’hui conservé à l’Université Rutgers (en anglais, Rutgers University) de l’État du New Jersey. Document présentant des salissures et usures des marges de la couverture et des annexes

La traduction en français du précédent contrat utilisant le même papier. Document manuscrit daté de 1889 et de deux feuilles écrites au recto et au verso. Document avec plis dans le sens de la largeur et la longueur. Usures en marge.

Une enveloppe à l’en-tête de l’agence à Paris du cabinet d’avocats “COUDERT BROTHERS”. Expédiée en [juin ?] 1890 à “Monsieur le Docteur de Lalande, 106 B[oulevar]d st Germain Paris”. L’indication manuscrite “Pli décacheté par la ? ? ce pli n’est pas pour nous “ tend à penser que ce courrier a d’abord été mal délivré avant de parvenir à son destinataire. Dans cet enveloppe étaient deux des trois documents ci-dessous. Enveloppe décachetée et présentant d’importantes usures.

Un courrier daté du 14 juin 1890 et destiné à Félix de Lalande. Document sur papier à en-tête de “GOUDERT FRÈRES” et signé d’Henry CACHARD (1853-1942). Ce dernier avocat new-yorkais d’origine française est partenaire des frères Coudert depuis 1883. Il est le premier à traduire en anglais le Code Civil français et l’un des fondateurs et président de la Chambre de Commerce Franco-Américaine en France. Il est également le fondateur du Golf de Paris en 1901 et celui de Saint-Cloud qu’il préside jusqu’en 1942. Lettre avec un fort pli dans le sens de la longueur.

Contrat de sept feuilles dont six pages dactylographiées au recto et en anglais avec date en partie manuscrite du 8 avril 1890. Document avec une feuille annexe maintenue au contrat au moyen d’un cachet “UNITED STATES. CONSULATE GENERAL. PARIS”. Feuilles du contrat protégées par une feuille avec en pied de page les coordonnées du cabinet d’avocats “Eaton & Lewis”.
Contrat en 10 articles permettant à Thomas Edison “d’acquérir en outre certains autres droits se rapportant aux dites batteries galvaniques, savoir : le droit de fabriquer et de vendre les sus dites dans les Etats-Unis d’Amérique, pour l’éclairage électrique…”. Comme pour le précédent contrat, en échange de ce droit d’exploitation, Félix de Lalande et Georges Chaperon perçoivent “vingt-cinq centimes en monnaie française par litre de capacité pour toute et chaque batterie galvanique…”. Toutefois “aucune redevance ne sera due ou payable pour le renouvellement des batteries galvaniques sur lesquelles une redevance a été une fois payée,…”. Mentions manuscrites au crayon de bois sur la couverture.
Il est intéressant de signaler que Thomas Edison signe “Thomas a Edison” et non comme sur le précédent contrat “Thomas alva Edison”. Son témoin n’est autre que Sherburne Black Eaton, président depuis 1882 de “The Edison Electric Light Company”.
Félix de Lalande et Georges Chaperon se sont rendus le 19 juin 1890 au consulat des Etats-Unis à Paris et ont signé en présence du vice-consul leur témoin.
Le contrat remis à Thomas Edison est aujourd’hui conservé à l’Université Rutgers (en anglais, Rutgers University) de l’État du New Jersey. Les marges des annexes sont pliées et présentent des usures.

Document de six pages dactylographiées au recto en français. Il s’agit de la traduction du contrat ci-dessus du 8 avril 1890 et dont Henry CACHARD fait mention dans son courrier. Notons que des annotations manuscrites ont été portées en marge du document [ Par Félix De Lalande ?]

 

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